E-Government Development in Burkina Faso
Overview
Resumé
Le processus de développement des TIC au Burkina Faso remonte à l’an 2000, lorsque le pays a adopté le Plan national pour les infrastructures de l’information et de la communication (NICI – National Information and Communications Infrastructure) pour la période 2000–2004. Ce plan a été lancé sous l’égide du Ministère de l’Économie et des Finances, du Ministère de la Communication et de la Culture, ainsi que de la Direction Générale des Transmissions et de l’Informatique.
Topics and services
Organismes de régulation
Le secteur des TIC au Burkina Faso est supervisé par plusieurs institutions clés. Le Ministère du Développement de l’Économie Numérique et des Postes (MDENP) est chargé de l’élaboration des politiques en matière de TIC, tandis que l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) joue le rôle de régulateur et délivre les licences. En parallèle, l’Agence Nationale de Promotion des TIC (ANPTIC) est responsable de la mise en œuvre des grands projets numériques du gouvernement.
Créée en 2009, l’ARCEP est l’autorité chargée de la régulation des secteurs des télécommunications et des services postaux au Burkina Faso. Ses missions principales incluent : la délivrance de licences, le contrôle des opérateurs télécoms, l’amélioration de la qualité des services, la promotion des infrastructures numériques, la protection des droits des consommateurs et le renforcement de la cybersécurité. Elle applique la réglementation applicable aux réseaux mobiles et fournisseurs d’accès à Internet, sanctionne les manquements et œuvre à l’amélioration de la connectivité dans les zones rurales.
Fondée en 2014, l’ANPTIC incarne la volonté du gouvernement d’exploiter les technologies numériques comme levier de développement économique. Elle joue un rôle central dans la cohérence des initiatives numériques avec les objectifs de développement nationaux.
En 2018, le MDENP, via la Direction Générale des Technologies de l’Information et de la Communication (DGTIC), a lancé l’élaboration d’un cadre de gouvernance électronique. Ce processus, appuyé par le projet E-Burkina financé par la Banque mondiale, visait à améliorer la gouvernance numérique et l’offre de services publics.
Source: DGTIC
En 2023, le Burkina Faso a créé l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), un organisme chargé de la gestion de la sécurité des systèmes d’information et du cyberespace. L’ANSSI est placée sous la tutelle technique du Premier ministre et la supervision financière du Ministère des Finances.
Identification et biométrie
En 2020, le Burkina Faso a rejoint le projet WURI (West Africa Unique Identification for Regional Integration and Inclusion, soit Identification Unique pour l’Intégration Régionale et l’Inclusion en Afrique de l’Ouest), une initiative lancée par la Banque mondiale. Ce projet vise à accroître le nombre de personnes disposant d’une preuve d’identité reconnue par le gouvernement, facilitant l’accès aux services à l’intérieur et entre les pays participants. Le programme repose sur trois volets principaux : (i) le renforcement des cadres juridiques et institutionnels pour les systèmes d’identification de base (ID systems), (ii) la mise en place de systèmes d’identification fiables, (iii) l’accès aux services grâce à l’usage des identifiants délivrés.
En juillet 2024, une loi a été adoptée pour établir un registre d’identité numérique unique, dans le cadre du projet WURI. L’objectif est d’attribuer un identifiant électronique unique à 85 % de la population d’ici 2026.
Cependant, à ce jour, au Burkina Faso, les données biographiques de la population sont toujours collectées et archivées sur support papier, dans des registres répartis entre les 350 centres d’état civil primaires du pays, ce qui rend la transition vers un système numérique complexe. Il n’existe actuellement aucun registre administratif interconnecté avec la base de données d’identification pour les besoins d’authentification. Chaque registre administratif utilise son propre système d’identification. Un seul, celui des fonctionnaires de l’État, inclut également le numéro CNIB dans ses enregistrements.
Malgré les efforts en cours pour numériser divers processus administratifs, les informations disponibles sur un éventuel système électronique de délivrance de licences commerciales demeurent limitées au Burkina Faso. Il est supposé que certaines autorisations soient intégrées au portail de création d’entreprise, mais aucune source consultée ne fournit de détails à ce sujet.
e-Taxes
La Direction Générale des Impôts, rattachée au Ministère de l’Économie, des Finances et du Développement, est chargée de la gestion du registre des contribuables. Chaque contribuable se voit attribuer un Identifiant Financier Unique (IFU), bien qu’il soit possible pour une même personne de détenir plusieurs IFU. Au 31 mars 2016, le système recensait 70 366 contribuables actifs, dont 40 086 entreprises individuelles. Toutefois, la base de données fiscale demeure déconnectée du système national d’identification (CNIB), ce qui limite l’interopérabilité.
Santé
Le Burkina Faso mise sur les technologies numériques dans le secteur de la santé depuis 2010, notamment pour le diagnostic, l’analyse de données et la prévention des épidémies. Le système IeDA (Integrated e-Diagnostic Approach), initialement développé par le Ministère de la Santé en partenariat avec Terre des Hommes (Tdh) et financé par la Fondation Bill & Melinda Gates, a joué un rôle central. IeDA a numérisé le protocole de l’OMS pour la Prise en Charge Intégrée des Maladies de l’Enfant (PCIME), réduisant les prescriptions d’antibiotiques de 15 % et améliorant de 50 % le respect des directives de la PCIME. Le système, installé sur des tablettes utilisées par les agents de santé, permet la vérification en temps réel des diagnostics et des traitements, avec une transmission des données à un serveur central pour une analyse assistée par intelligence artificielle.
Après une phase pilote en 2010, IeDA a élargi son champ d’action à la santé maternelle et néonatale. En 2014, il a été déployé dans deux régions du nord, puis a été étendu en 2017 aux régions du Sahel et de l’Est. La région du Centre a également mis en œuvre un registre électronique des consultations, réduisant significativement la charge administrative et facilitant la collecte de données à des fins analytiques.
Dès 2019, IeDA a été pleinement intégré au système du Ministère de la Santé du Burkina Faso, assurant la supervision gouvernementale et la pérennité du programme. Cette même année, le système a été enrichi pour enregistrer les cas de maternité et accéder aux informations sur l’état matrimonial des patientes, renforçant ainsi les protections pour les femmes enceintes. En 2020, IeDA couvrait 86 % du territoire national.
IeDA s’est par la suite élargi pour inclure des modules consacrés aux soins maternels, à la nutrition infantile, à la prévention de la tuberculose, à la surveillance épidémiologique et à la détection des maladies assistée par IA. Le système a été utilisé lors de plus de 20 millions de consultations (en date d’avril 2023) et contribue à la détection précoce de la dengue et du paludisme. L’intelligence artificielle permet également d’assurer la précision des dossiers médicaux : lorsqu’elle a détecté des erreurs systématiques dans les mesures de taille et de poids, le système a recommandé aux agents de santé de suivre une formation de mise à niveau.
En complément d’IeDA, le Burkina Faso a lancé en 2014 l’application Mhealth Burkina, conçue pour appuyer les Agents de Santé Communautaires (ASC). Financée par des ressources nationales, le Fonds mondial et la Fondation Rockefeller, l’application renforce l’efficacité du travail de terrain en fournissant des outils numériques pour le suivi des patients et le diagnostic.
Source: mHealth – Odess
L’application fonctionne en envoyant des messages texte aux principaux centres de santé, facilitant ainsi le diagnostic des patients et accélérant le processus de prescription des médicaments. Elle a permis de réduire le risque de rupture de stock de médicaments essentiels dans certaines communautés, les médecins communautaires transmettant régulièrement des informations au siège sur la disponibilité des médicaments — une procédure qui, auparavant, pouvait prendre plusieurs jours. En raison de la faible qualité de l’Internet mobile, le personnel utilisait des SMS, lesquels étaient ensuite traités et relayés à Rapidpro via un système basé sur Java. En encodant les messages texte avec Java, il est possible de contourner les restrictions liées à l’Internet et de collecter toutes les informations provenant des médecins en zones rurales, lesquelles sont stockées dans un registre partagé (Burkina Faso’s National Health Data Repository).
L’application permet également de suivre les tendances en matière de traitement et de détecter les erreurs commises par le personnel médical, ce qui diminue le risque de diagnostics erronés. Ainsi, l’application ne se limite pas à faciliter l’analyse des données, elle améliore aussi la qualité des services de santé fournis et réduit les pénuries de médicaments essentiels dans des communautés spécifiques.
Environ 4 500 agents de santé participent actuellement au projet. Après son déploiement initial dans les districts de Yako et Gursi en 2016, le projet a été élargi pour couvrir l’ensemble des six districts de la région du Nord du Burkina Faso : Gursi, Ouahigouya, Séguénéga, Tiou, Titao et Yako. Des fonds ont été mobilisés en 2018 pour initier son extension aux régions de la Boucle du Mouhoun et de l’Est, puis en 2019 aux régions du Sahel et du Centre-Nord.
Le système de santé numérique du Burkina Faso vise en priorité à protéger les populations les plus vulnérables : les enfants, les femmes enceintes et les membres des communautés ayant un accès limité aux médicaments. Le reste de la population est encore peu couvert par ce système, mais la généralisation de telles pratiques devrait permettre à terme la transition de l’ensemble des structures sanitaires vers un format électronique.
Par ailleurs, la collecte de données automatisée par intelligence artificielle facilite l’analyse de grandes quantités d’informations, ce qui contribue à réduire les erreurs de diagnostic, les soins inappropriés, ainsi que les épidémies à l’échelle nationale. Cependant, la mauvaise qualité de l’Internet mobile demeure l’un des principaux freins à la numérisation complète du système de santé au Burkina Faso.
e-Justice
La justice électronique au Burkina Faso se manifeste par un système numérique de délivrance des extraits de casier judiciaire, introduit dans le pays en septembre 2023. Le projet a été lancé en mode test et portait exclusivement sur les archives des tribunaux de grande instance de Ouaga et Ouaga I, situés à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Ce système vise à réduire les tâches bureaucratiques, en les automatisant entièrement, à faciliter l’accès aux archives judiciaires et à accélérer les délais de délivrance des certificats.
L’obtention du certificat s’effectue en cinq étapes. La première consiste à remplir un formulaire de demande en ligne, suivie d’une étape de filiation, au cours de laquelle le demandeur saisit les informations relatives aux parents. L’étape suivante est la saisie des informations d’identité. Le certificat peut être délivré après le paiement du reçu généré sur le site “écasier judiciaire”.
Source: Ecasier-judiciaire
Le coût d’obtention d’un certificat est de 700 francs CFA. En septembre 2024, le système couvrait l’ensemble des 45 provinces du Burkina Faso. Depuis le lancement du casier judiciaire électronique, 11 000 demandes ont été traitées entre septembre et décembre 2023, et 76 000 demandes supplémentaires ont été reçues entre janvier et le 5 septembre 2024.
Bien qu’il s’agisse d’une étape importante dans la numérisation du système judiciaire, d’autres avancées — comme l’introduction d’identifiants numériques uniques pour les citoyens — pourraient encore améliorer l’efficacité, réduire la criminalité et optimiser la gestion des dossiers dans le système judiciaire.
e-Élections, e-Vote
Le Burkina Faso n’a pas encore mis en place de système électoral numérique, s’appuyant toujours sur un processus manuel, bien que fondé sur des listes électorales biométriques. La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) est chargée de l’organisation des élections.
Bien que certaines expérimentations à petite échelle aient eu lieu — comme un test de vote électronique réussi à l’Université Aube-Nouvelle en 2017 — aucun progrès supplémentaire n’a été enregistré en matière de numérisation du processus électoral.
Agriculture
Avec 80 % de la population du Burkina Faso dépendante de l’agriculture, la transformation numérique de ce secteur est cruciale. Cependant, l’adoption des technologies reste faible, 90 % du marché des services numériques destinés aux agriculteurs africains demeurant inexploité.
Plusieurs initiatives ont été lancées en 2024 pour combler cette lacune. La plateforme “Field Inspection Management” permet aux producteurs de semences de s’enregistrer en ligne et d’obtenir des certificats de semence, tandis que la plateforme “mAgri” connecte directement les agriculteurs aux acheteurs, supprimant les intermédiaires et renforçant l’efficacité. Des entreprises privées et des startups participent également à cette transformation numérique. Par exemple, FasoDrone, fondée en 2021, développe des drones pour la cartographie des terres agricoles, la surveillance de l’état des cultures et la détection des parasites. De même, l’application MODHEM (Mobile Data for Managing Herd Movement and Improving Income in Burkina Faso) — développée dans le cadre d’un partenariat public-privé avec ORANGE Burkina — fournit aux éleveurs des données satellitaires sur les ressources en eau, la végétation et les conditions climatiques.
Malgré ces avancées, le coût élevé des outils numériques et l’accès limité à Internet freinent leur adoption à grande échelle. L’expansion des services agricoles mobiles pourrait combler cet écart, en fournissant aux agriculteurs des informations sur les marchés, des prévisions météorologiques, et des bonnes pratiques agricoles.
Depuis 2016, le développement de l’application MODHEM (Mobile Data for Managing Herd Movement and Improving Income in Burkina Faso) a débuté au Burkina Faso. Ce projet a été lancé par la société néerlandaise SNV, avec l’appui d’un partenariat public-privé avec ORANGE Burkina. L’application vise à améliorer la sécurité alimentaire et les niveaux de productivité des travailleurs agricoles, en facilitant l’accès à l’information et en renforçant l’usage des données satellitaires. Le fonctionnement repose sur l’interaction entre l’agriculteur et un centre d’appel, qui fournit au public des informations satellitaires sur l’eau de surface, la biomasse/la végétation, la localisation des points d’eau, les infrastructures pastorales, les données agro-climatiques, etc.
Au Burkina Faso, des activités de numérisation agricole sont en cours, mais leur intensité demeure faible, insuffisante pour répondre à la demande de 90 % de la population agricole. Le coût élevé des technologies modernes constitue un obstacle majeur pour de nombreux agriculteurs. L’utilisation d’applications mobiles pourrait jouer un rôle clé dans la diffusion d’informations sur les marchés, la météo, et d’autres données essentielles pour les agriculteurs.
Internet de l’environnement
L’utilisation des TIC pour la prévention des catastrophes climatiques et les prévisions météorologiques n’est pas encore généralisée au Burkina Faso. Le pays dispose d’un réseau d’observation météorologique composé de stations manuelles et automatiques chargées de collecter des données sur des paramètres tels que les précipitations, la température, l’humidité relative, le vent et la pression atmosphérique. Les stations automatiques transmettent les données via GPRS à un serveur dédié pour traitement ultérieur.
Solutions d’intelligence artificielle
Les technologies basées sur l’intelligence artificielle au Burkina Faso commencent tout juste à prendre de l’ampleur. L’un des moteurs du développement de l’IA dans le pays est le Centre d’Excellence Interdisciplinaire en Intelligence Artificielle pour le Développement (CITADEL). En 2021, le centre a lancé un programme de Master FD-IA visant à développer les compétences en IA. En 2022, CITADEL a organisé une école d’été durant laquelle 34 doctorants et étudiants en master en informatique, issus de différentes universités burkinabè, ont acquis des connaissances théoriques et pratiques sur l’IA, qu’ils ont mises en application lors d’un hackathon organisé à cette occasion. À l’issue du hackathon, une des équipes a reçu un financement pour son projet d’une valeur de 500 000 FCFA ainsi qu’un appui technique d’une valeur de 350 000 FCFA. Au Burkina Faso, le secteur agricole joue un rôle clé dans l’économie, employant environ 90 % de la population et contribuant à hauteur de 3,3 % au PIB. Pour cette raison, l’application de technologies d’IA dans ce secteur est plus intensive.
Le Laboratoire de Mathématiques et d’Informatique (LAMI) de l’Université Joseph Ki-Zerbo a développé une plateforme basée sur l’intelligence artificielle pour le diagnostic des maladies animales. Grâce à cette application, un éleveur peut saisir les données relatives à son animal et recevoir un diagnostic avec une précision allant jusqu’à 99 %. Lors du développement, un ensemble de données comprenant 3 584 observations a été constitué, couvrant 28 variables, dont 26 décrivent les symptômes des maladies les plus courantes chez le bétail.
En 2023, CITADEL a organisé un concours de startups, au cours duquel une équipe ayant créé une application basée sur l’IA pour la détection de l’état de santé des sols a reçu un financement pour son projet. Le LAMI a également mis au point une application Chatbot à destination des professionnels de santé, permettant de simplifier la rédaction des comptes rendus médicaux et des prescriptions. L’IA analyse les symptômes du patient et propose ensuite un plan de traitement.
L’utilisation de l’IA au Burkina Faso est principalement concentrée dans les domaines fournissant des biens et services essentiels : l’agriculture et la médecine. Le pays organise également des hackathons permettant aux startups d’obtenir des financements pour leurs projets en IA, ce qui encourage la création de technologies fondées sur l’intelligence artificielle dans les secteurs les plus porteurs du pays.
G2B
Guichet unique pour les opérations commerciales
Dans le cadre d’un accord sur la facilitation des échanges, le Burkina Faso a lancé en 2016 le système virtuel SYLVIE. Le 16 février, le système virtuel SYLVIE, un guichet électronique unique destiné à faciliter les opérations de dédouanement, a été mis en service. La première phase et la période de test du système ont duré trois ans, suivies d’une version mise à jour en 2019. SYLVIE-1, bien qu’elle ait constitué une première tentative de migration des procédures vers l’espace numérique, présentait certaines limitations : une partie des opérations avait bien été numérisée, mais d’autres continuaient à se faire sur support papier, entraînant des imprécisions et allongeant les délais de traitement jusqu’à 72 heures. Pour améliorer la plateforme SYLVIE, le gouvernement du Burkina Faso a reçu une subvention de la Banque mondiale dans le cadre de l’assistance technique du Programme Aide pour le commerce en Afrique de l’Ouest (AEASD). Cela a permis le développement d’une version actualisée, SYLVIE-2, dans laquelle 13 procédures administratives ont été entièrement numérisées. Des fonctionnalités telles que le paiement électronique, un module statistique, la signature numérique des documents et une meilleure interaction avec le système douanier automatisé SYDONIA (Système douanier automatisé) ont été intégrées. Ces améliorations ont permis de réduire le temps de traitement des documents de 72 heures à 3 heures. Le système facilite également les opérations de dédouanement et réduit la durée de séjour des marchandises en douane.
Système d’enregistrement des entreprises et sociétés
Le Burkina Faso dispose d’un système d’enregistrement des entreprises entièrement dématérialisé, qui permet aux entrepreneurs de soumettre tous les documents numérisés via le site Business procedures.bf. Ce site offre également la possibilité de suivre en ligne l’avancement de la demande et de recevoir les documents d’enregistrement (registre du commerce, administration fiscale et sécurité sociale) au CEFORE dans un délai de 24 heures. Le paiement des frais d’enregistrement de l’entreprise s’effectue également en ligne.
Marchés publics
Le Burkina Faso dispose d’un système électronique de passation des marchés publics. Grâce au Projet d’Appui à l’Inclusion Financière et l’Accès au Crédit des Petites et Moyennes Entreprises (PAIF-PME), financé par la Banque mondiale, la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique a modernisé le système, rendant les transactions sans numéraire possibles, ce qui facilite considérablement le fonctionnement du système de passation des marchés. Par le biais du PAIF-PME, le Trésor est connecté au Système de Transfert Automatisé et de Règlement de l’UEMOA (STAR-UEMOA) et au Système Interbancaire de Compensation Automatisé (SICA-UEMOA) pour numériser les processus de compensation des chèques et de virement bancaire, ce qui réduit significativement le risque de perte de fonds lors des règlements et accroît la transparence des transferts dans les processus de paiement. Le délai de traitement des paiements est ainsi passé de 72 heures à moins de 24 heures.
Défis
Perspectives
La pénurie de spécialistes en TIC ralentit également la cadence de la numérisation. Par exemple, le Burkina Faso ne dispose pas actuellement d’un système avancé de prévision des catastrophes naturelles, telles que les inondations et les sécheresses, qui perturbent non seulement l’agriculture mais mettent aussi des vies en danger.
En outre, la faiblesse de la régulation du secteur numérique a conduit à une forte augmentation de la cybercriminalité. Le nombre de cas signalés est passé de 1 000 en 2020 à 5 000 en 2024, entraînant des pertes financières estimées à plusieurs milliards de francs CFA.
L’agriculture, qui emploie près de 90 % de la population active, reste largement non numérisée, ce qui constitue un obstacle majeur à la sécurité alimentaire. Une étape cruciale serait le développement d’une application capable de diagnostiquer les maladies des plantes, permettant une intervention rapide et réduisant les pertes de récoltes.
Par ailleurs, l’introduction d’un identifiant personnel unique pour tous les citoyens dans le système public pourrait fluidifier les processus judiciaires et contribuer à la réduction de la criminalité. Le système judiciaire souffre d’importantes inefficacités, incluant la lenteur des procès, les difficultés de collecte de preuves et une corruption généralisée. Ces problèmes entraînent des détentions préventives prolongées et des verdicts retardés, ce qui compromet la justice tant pour les plaignants que pour les accusés. La mise en œuvre d’un système d’identité numérique renforcerait l’efficacité et l’équité du processus judiciaire, consolidant ainsi l’État de droit au Burkina Faso.
Opportunités de Partage des Savoirs
Bonnes Pratiques Nationales
Certaines initiatives prises par le Burkina Faso dans le domaine de la numérisation peuvent être partagées avec des partenaires régionaux afin de renforcer la transformation numérique à l’échelle du continent africain.
Intégration des plateformes de santé numérique
Le système de santé du Burkina Faso compte actuellement plus de 100 outils numériques, mais ceux-ci sont dispersés et fonctionnent généralement de manière isolée. L’initiative visant à les regrouper a pour objectif de créer un système cohérent, permettant aux prestataires de soins d’avoir accès en temps réel aux informations des patients, aux protocoles de traitement et aux ressources nécessaires. Le projet a rassemblé tous les outils dans 8 domaines d’intervention, désormais déployés dans 53 districts sanitaires. Cette approche pourrait servir d’exemple à d’autres pays confrontés à des défis similaires dans leurs systèmes de santé.
Approche e-diagnostique intégrée
Le parcours de dix ans du Burkina Faso avec l’approche e-diagnostique intégrée (IeDA) constitue un exemple d’outil de santé numérique mis à l’échelle. Il s’agit d’une application mobile sur tablette numérique qui guide le personnel de santé dans l’établissement d’un diagnostic précis et la proposition d’une prise en charge médicale adaptée. Les données sont stockées et traitées à des fins d’analyse, de reporting et de contrôle qualité. Le pays illustre une bonne pratique avec cette solution, qui couvre 84 % des centres de soins primaires et a permis plus de dix millions de consultations, grâce à un assistant numérique au diagnostic. Au Burkina Faso, IeDA est également une source d’information directe pour les statistiques vitales nationales. La collecte de données en temps réel fournit des informations essentielles permettant une surveillance précoce des épidémies.
Inspirations régionales
Le Burkina Faso peut s’inspirer de plusieurs pays africains voisins pour mettre en œuvre un système d’identification électronique efficace. Voici quelques exemples notables :
Système national de gestion de l’identité du Nigéria
Le Nigéria a progressé grâce à sa Commission nationale de gestion de l’identité (NIMC), qui offre une base de données centralisée et sécurisée pour l’identité des citoyens. S’inspirer de la stratégie nigériane en matière de campagnes de sensibilisation du public et de partenariats avec les opérateurs de téléphonie mobile pourrait aider le Burkina Faso à encourager l’adoption d’un système d’e-ID.
Carte d’identité intelligente d’Afrique du Sud
Le déploiement de la carte d’identité intelligente par l’Afrique du Sud a modernisé son processus d’identification. L’utilisation des technologies pour l’authentification sécurisée et l’accessibilité peut inspirer le Burkina Faso dans la création d’une interface conviviale pour ses citoyens.
Par ailleurs, le Burkina Faso peut tirer parti des expériences d’autres pays africains ayant réussi à numériser leurs plateformes ministérielles, améliorant ainsi l’efficacité administrative et la prestation de services publics. Voici quelques exemples remarquables :
Plateforme Irembo du Rwanda
Irembo est une plateforme en ligne qui permet d’accéder à divers services gouvernementaux tels que l’enregistrement foncier, les permis et les licences. L’accent mis sur un portail unique pour plusieurs services favorise l’efficacité et la transparence. Le Burkina Faso pourrait s’inspirer de l’approche rwandaise pour créer une plateforme intégrée couvrant plusieurs fonctions gouvernementales.
GovChat en Afrique du Sud
GovChat permet aux citoyens sud-africains d’interagir avec leur gouvernement via différents canaux, y compris WhatsApp et Facebook Messenger. Cette plateforme facilite une communication en temps réel et la remontée d’informations sur les services publics, renforçant la responsabilité des institutions. Le Burkina Faso pourrait envisager de tirer parti des réseaux sociaux pour améliorer l’accessibilité et la réactivité des services publics.
Portail e-Commerce gouvernemental du Ghana
Le Ghana a lancé une plateforme de commerce électronique dédiée aux services gouvernementaux, permettant aux citoyens de payer taxes et redevances, et d’accéder à divers services en ligne. Cette numérisation réduit les interactions physiques, particulièrement utiles en période de pandémie. Le Burkina Faso pourrait s’inspirer des stratégies du Ghana pour promouvoir les paiements électroniques au sein de ses propres plateformes numériques.
Auteurs:
Sofya Alypova
Igor Demin