Construction des e-gouvernements en Afrique : une infrastructure de TIC fiable comme pierre angulaire

Construction des e-gouvernements en Afrique : une infrastructure de TIC fiable comme pierre angulaire

Description du défi

L’infrastructure des télécommunications est cruciale pour le bon fonctionnement des plateformes de gouvernement électronique. Cela a un impact sur la performance de la plateforme, notamment sa vitesse et la fréquence des arrêts dus à la mauvaise connexion. De plus, l’état du développement de l’infrastructure des télécommunications affecte directement l’engagement des citoyens et la livraison des services.

Le marché africain des télécommunications en général est largement monopolistique, le gouvernement contrôlant les principaux acteurs. Pourtant, l’État ne dispose pas de base de ressources essentielle pour investir dans le développement de la connexion Internet dans les zones éloignées.

Comme le souligne la Stratégie de transformation numérique de l’UA pour l’Afrique 2020-2030, les infrastructures de télécommunications sont « encore très précaires, faute d’un plan de financement équilibré  pour leur maintenance, leur développement et leur renouvellement ».

L’Index de l’infrastructure de télécommunication des Nations Unies (TII), créé pour évaluer le développement du gouvernement numérique, est basé sur quatre indicateurs clés, à savoir le nombre d’utilisateurs d’Internet pour 100 habitants ; nombre d’abonnés mobiles pour 100 habitants ; nombre d’abonnements à haut débit sans fil pour 100 habitants ; et nombre d’abonnements à haut débit fixe pour 100 habitants.

Selon l’Enquête des Nations Unies sur l’E-Gouvernement 2022, Maurice avait la valeur TII la plus élevée d’Afrique (0,7588). La valeur moyenne pour le continent est de 0,41. La majorité des pays enclavés ont des valeurs TII relativement faibles. Par exemple, l’Éthiopie (0,15), le Niger (0,14), le Tchad (0,12), la République centrafricaine (0,08) et l’Ouganda (0,25) sont les moins développés en matière d’infrastructures de télécommunications nécessaires. Le Botswana est le leader parmi les pays enclavés, avec la valeur TII de 0,68, suivi du Mali (0,44), du Burkina Faso (0,393), de la Zambie (0,39) et du Zimbabwe (0,38).

Investissement et PPP

L’allocation des investissements dans les infrastructures de télécommunications fait partie des principaux défis, d’autant plus que d’autres secteurs d’infrastructures, comme les transports et l’énergie, ont besoin de leur part de financement. Le principe de base de la gestion des investissements publics consiste à acheminer les investissements publics vers des projets moins rentables, ce qui n’est généralement pas le cas des TIC. Selon différentes estimations, l’Afrique a besoin d’investissements de 130 à 170 milliards de dollars par an pour combler le déficit d’infrastructures.

Selon les données de l’ICA, les investissements dans les infrastructures de 49 gouvernements africains s’élevaient à 33,4 milliards de dollars. Hors de cette somme, les allocations nationales dans le secteur des TIC se montaient à 0,9 milliard de dollars, soit 3% des investissements nationaux totaux.

Le partenariat public-privé serait la solution, mais l’incertitude de l’environnement politique et de nombreux risques politiques, monétaires et ceux liés aux projets d’infrastructure font fuir les entreprises privées. Selon une étude de McKinsey menée en 2020, même s’il existe une pléthore d’acteurs prêts à investir dans les infrastructures en Afrique, 80% des projets d’infrastructures dans la région échouent aux étapes de la faisabilité et du plan d’affaires, et seuls 10% atteignent la clôture financière. Cette situation exerce une forte pression financière sur les développeurs d’infrastructures. Ce faible taux de réussite est le résultat de lacunes en matière de réglementation, de politique, de planification et de négociation (par exemple, des retards dans l’obtention de licences et de permis et un manque de planification à long terme conduisant à des investissements préférentiels dans des projets à court terme et à faible impact).

Les estimations de la Banque mondiale sur les investissements publics-privés dans les TIC dans certains pays africains montrent qu’il existe de grandes inégalités régionales : l’Afrique du Sud est le leader parmi les pays avec des données disponibles pour 2022 avec 198,5 millions de dollars, tandis que pour la RDC, la valeur était estimée à 21 millions de dollars, pour le Nigéria, elle était de 100,2 millions de dollars.

À l’échelle mondiale, à partir de 2023, les TIC et les télécommunications représenteront 10% de l’ensemble des projets de PPP.

Électricité

Selon le rapport Africa Energy Outlook 2022, 600 millions de personnes, soit 43% de la population de l’Afrique subsaharienne, n’ont pas accès à l’électricité. Le Ghana, le Kenya et le Rwanda sont considérés comme des réussites en termes de développement de la connectivité universelle.

On estime que les taux d’électrification en Afrique sont les plus bas du monde. Une inégalité significative est observée entre les sous-régions. L’Afrique du Nord a un accès stable à l’électricité, avec un taux d’électrification de 99% (2020). En revanche, en 2021, l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne s’élevait à 50,6%, avec 80,7% dans les zones urbaines et 30,4 % dans les zones rurales.

En 2021, les principales sources de production d’électricité en Afrique étaient le gaz naturel (42%) et le charbon (28%). Les sources d’énergie renouvelables ne sont pas encore populaires. L’hydroélectricité est la source la plus courante, avec 17,5% de l’électricité produite à partir de celle-ci.

Le rapport Africa Energy Outlook 2022 souligne que le continent possède 60% des ressources d’énergie solaire les plus efficaces du monde, mais la capacité des centrales solaires existantes est de 1%.

La même année, la consommation totale d’électricité par habitant en Afrique s’élevait à 0,636 mégawattheure (MWh), ce qui est 81% de moins que la moyenne mondiale de 3,358 MWh. La Libye était en tête du continent, avec un taux de consommation d’électricité par habitant de 3,793. En raison de la croissance démographique, les chiffres ont récemment baissé et devraient s’établir au niveau des taux des années 2010 au plus tôt en 2026. En 2023, l’ONU a constaté que le chiffre moyen de la consommation d’énergie par habitant en Afrique subsaharienne était de 200 kilowattheures (kWh) d’électricité par an. En revanche, les pays d’Afrique du Nord consomment 1 442 kWh par habitant. Les habitants des zones rurales utilisent 50 kWh par an.

Câbles à fibres optiques sous-marins et terrestres

D’après les données du Network Startup Resource Center (NSRC), 39 pays africains sont reliés à des câbles terrestres à fibre optique déjà opérationnels et/ou en projet. En 2021, environ 57% de la population de l’Afrique subsaharienne vivait dans la zone couverte par les réseaux de fibre optique. Les câbles apportent principalement la connectivité aux zones côtières. Malgré les progrès de la technologie de la fibre optique, les câbles ne sont pas disponibles sur le continent africain.

Étant donné qu’une grande partie du contenu informatique provient de l’extérieur et que les plates-formes publiques et privées sont situées sur des serveurs et des centres de données étrangers, les câbles sous-marins transmettent de grandes quantités de données critiques et vulnérables. L’interférence des câbles peut entraîner l’arrêt des plates-formes de gouvernement numérique si le contenu est stocké à l’extérieur. Des problèmes de confidentialité se posent également.

Néanmoins, en raison des défaillances de câbles qui ont été signalées ces dernières années, la dernière ayant été détectée en mars 2024, une grande partie de la population du continent pourrait se retrouver sans connexion Internet. Parmi les câbles dont le fonctionnement s’est dégradé, figurent SAT-3/West Africa Cable System (WACS), Africa Coast to Europe (ACE), MainOne, EIG, Seacom, AAE-1. La connexion a été coupée pour des centaines d’habitants d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Tours de télécommunications

La majorité de la population africaine se connecte en ligne et effectue des opérations commerciales via des téléphones portables. Ce type d’appareil étant beaucoup plus abordable que les ordinateurs personnels, les services de connectivité sans fil sont considérés de la plus haute importance. Le nombre d’abonnements mobiles 5G en Afrique subsaharienne devrait croître de manière exponentielle, avec 7,24 millions en 2023 et 104,43 en 2027.

En 2023, la taille du marché des tours de télécommunications en Afrique était estimée à 199 mille unités et devrait s’étendre jusqu’à 208 mille unités d’ici la fin de 2024. Les principaux acteurs du marché sont IHS Towers, dont le siège est au Royaume-Uni et qui est présent au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Rwanda, en Afrique du Sud et en Zambie ; American Tower Corporation (Ghana, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Kenya, Ouganda, Afrique du Sud) ; le britannique Helios Towers (Tanzanie, Sénégal, Malawi, RDC, République du Congo, Ghana, Afrique du Sud, Madagascar). Le sud-africain Eskom Holdings Limited et ZESCO Limited basé en Zambie, toutes les deux détenues par l’État, figurent également parmi les principaux acteurs.

D’après les calculs de TowerXchange, le Nigeria possède le plus grand marché de tours de télécommunications en Afrique subsaharienne, avec 39,5 milles tours en 2023, suivi de l’Afrique du Sud (24,9 milles) et de l’Éthiopie (10,2 milles). La Namibie (881), le Gabon (993) et la République du Congo (1070) sont les pays où le nombre de tours de télécommunication est le plus faible.

L’utilisation de la 2G/3G/4G et de la 5G en Afrique subsaharienne en 2022 est respectivement de 1,81 exaoctet et de 0,02. En 2023, 27 opérateurs mobiles ont déjà mis à disposition des services 5G. Selon la GSMA, des réseaux 5G commerciaux sont désormais en service au Botswana, en Éthiopie, en Gambie, au Togo, au Nigéria, au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, au Mozambique, en Afrique du Sud, en Zambie, au Zimbabwe, à Madagascar, à Maurice et aux Seychelles.

En 2022, les réseaux 4G représentaient 35% du total des connexions internet. D’ici 2026, ils devraient devenir la technologie la plus largement adoptée, dépassant la 3G, qui est actuellement la plus répandue. En 2022, le nombre de connexions 3G représentait plus de 50% du total.

Selon l’UIT, en 2022, 50% de la population du continent était couverte par les réseaux 4G, 33% ne pouvaient accéder qu’aux réseaux 3G et 9% se trouvaient dans la zone 2G. Près de 50% de la population rurale est couverte par les réseaux 3G, contre 25% couverts par les réseaux 4G. La majorité de la population urbaine (84%) est en mesure d’accéder aux réseaux 4G.

Satellites

Internet par satellite en Afrique est en grande partie maintenu par Intelsat, un fournisseur multinational de communications par satellite dont le siège se trouve aux États-Unis, et Africa Mobile Networks (AMN), un groupe de sociétés opérant en Afrique dont le siège est au Royaume-Uni. Depuis 2018, les entreprises ont mis en place plus de 3 milles antennes satellites de base rurales à travers le continent. Le Nigeria est le plus grand site des entreprises, où plus de 1 350 antennes satellites sont déployées. AMN couvre à lui seul 15 pays africains, fournissant à la population vivant dans les zones rurales la connexion 2G, 3G et 4G.

En général, les services de communication internet par satellite tels que VSAT (Very Small Aperture Terminal) sont principalement proposés par des sociétés privées internationales. En 2022, la taille du marché a été estimée à 525 millions de dollars, et devrait atteindre un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 8,6 % sur la période 2022-2030. Il est à noter que le développement du marché VSAT est mené par les secteurs pétrolier, gazier et maritime. Selon Africa VSAT Market Size and Forecasts (2020-2030), GlobalTT (Belgique), NTvsat (Allemagne), Talia Communications Limited (Royaume-Uni), Afrikanet Oxford Consultech Limited (Royaume-Uni), Norsat International Inc. (Canada), Sandstream Telecoms (Afrique du Sud), VSATmena FZCO (Émirats arabes unis), EchoStar Corporation (États-Unis) et Link Communications Systems (Royaume-Uni) sont les leaders du marché.

La technologie VSAT comprend la bande C, qui est une option viable pour les régions éloignées où les infrastructures de fibre optique et de câble sont inaccessibles, et qui résiste à diverses conditions météorologiques ; la bande Ku, principalement utilisée par les ménages et les petites entreprises résidant dans les zones urbaines ; et la bande Ka, qui fournit les niveaux de connexion les plus rapides, mais qui est vulnérable aux conditions météorologiques défavorables. La tendance prévue en termes d’utilisation de la technologie est la télémédecine, en particulier dans les zones rurales éloignées.

Pays enclavés

Les pays enclavés sont coupés des câbles sous-marins, ce qui entrave le développement des services de connectivité. Internet par satellite est l’opportunité la plus viable.

Selon l’UIT, les principaux obstacles à la connectivité internet dans les zones éloignées et les pays enclavés sont le faible retour sur investissement des opérateurs et des sociétés de tours, car ces zones manquent généralement de connectivité électrique durable, essentielle pour la connexion Internet, ce qui engendre des dépenses supplémentaires de l’installation des centrales électriques, augmentant ainsi le coût final d’Internet. En outre, les cadres d’octroi de licences et les processus de demande sont opaques, ainsi que l’absence d’incitations fiscales, ce qui rend les zones défavorables aux opérateurs commerciaux.

Les problèmes soulignés ci-dessus entraînent une faible accessibilité à Internet, ainsi qu’un faible retour sur investissement (RSI/ROI).

Solutions

Amélioration de l’accès à l’électricité :

  • Augmentation du nombre de réseaux nationaux est l’option la plus rentable pour améliorer l’accès à l’électricité. Les mini-réseaux et les systèmes autonomes basés sur l’énergie solaire sont considérés comme les options les plus efficaces.
  • Augmentation de l’utilisation des énergies renouvelables, telles que l’hydroélectricité et l’énergie solaire, ainsi que la mise en œuvre d’interconnexions de réseaux. Rentable, écologique. Beaucoup de ressources.
  • Réformes réglementaires, y compris les réformes de la tarification de l’électricité en fonction du coût du service pour le secteur de l’énergie. Existent maintenant ou sont prévus dans 24 pays africains (non divulguées). Des systèmes de taux et de tarifs appropriés peuvent garantir le profit des opérateurs privés et réduire les risques.
  • La déréglementation de l’énergie augmentera l’engagement et la concurrence du secteur privé, tout en réduisant les coûts.

Amélioration de la pénétration d’Internet :

  • La Stratégie numérique de l’UA a souligné la « nécessité de se concentrer sur le renforcement des partenariats public-privé et l’acheminement des ressources publiques par le secteur privé afin de mettre en place une infrastructure numérique aux niveaux national et régional et d’intensifier les services numériques et la compétitivité sur le continent ». Les partenariats internationaux peuvent également donner accès aux meilleures pratiques internationales.

L’expérience du principal développeur et fabricant russe d’équipements de télécommunications, T8, en est un exemple. La société possède une vaste expérience dans le déploiement d’équipements de télécommunication DWDM et de solutions innovantes pour les lignes de communication à fibre optique en Russie et dans les pays du monde entier. T8 propose des solutions complètes pour la construction de réseaux DWDM : conception, fourniture, installation et maintenance des équipements, formation. 

Parmi ses solutions figurent : les réseaux DWDM dorsaux qui fonctionnent sur l’ancienne et la nouvelle fibre (plate-forme Volga DWDM), les réseaux DWDM régionaux et métropolitains qui fonctionnent sur des longueurs d’onde étrangères, les solutions de surveillance de l’infrastructure optique, les équipements DCI pour les centres de données, les réseaux de transport 5G, la technologie Alien Wavelength, les systèmes de détection précoce des objets d’infrastructures critiques (Capteur acoustique distribué Dunay).

T8 investit dans l’amélioration des infrastructures des TIC dans le monde entier et dans la région africaine en particulier. Pour l’instant, elle exporte déjà des équipements en Afrique du Sud, en République du Congo et en Éthiopie. De plus, le parc transnational Limpopo en Afrique du Sud et des infrastructures critiques en Tunisie sont équipés de DAS Dunay (Capteur acoustique distribué Dunay). Le système est produit et installé par T8 SENSOR, une société de développement et de fabrication de systèmes de capteurs à fibre optique. Les solutions de T8 ont également été présentées lors de nombreux forums internationaux et africains, notamment AFRICACOM 2017, Cairo ICT 2022, GITEX 2023.

  • Les gouvernements devraient « investir dans l’investissement » et améliorer la gestion du financement public ainsi que faciliter les investissements privés en établissant un cadre réglementaire clair en matière de PPP, en simplifiant l’obtention des permis, en réduisant les risques juridiques, opérationnels, politiques et monétaires, en améliorant la viabilité commerciale des projets, en favorisant la collaboration avec les institutions financières nationales et internationales.
  • Selon l’UIT, afin d’étendre la connectivité Internet dans les pays enclavés et les régions éloignées, il convient de mettre en place des lignes directrices adéquates en matière d’octroi de licences pour attirer les investissements. Il est également crucial d’améliorer et d’accroître la transparence dans l’obtention des licences par les opérateurs. 
  • L’accès fixe sans fil (FWA) est une technologie sans fil qui utilise des fréquences radio au lieu de la fibre, ce qui est utile pour les zones rurales. Cependant, la solution n’a pas gagné en popularité à cause du coût élevé du déploiement.
  • Des solutions portables comme « Internet-in-a-box » peuvent également être une alternative, donnant accès à toutes sortes de données sans connexion Internet : y compris des vidéos, des photos, des informations médicales ou toute autre information.

Les politiques régionales en matière d’infrastructures de télécommunications peuvent contribuer à la mise en place d’infrastructures transfrontalières robustes et interopérables, ainsi qu’à faciliter l’allocation des ressources et à permettre de bénéficier de l’économie d’échelle. Certains plans régionaux ont déjà été adoptés, notamment Communauté de développement de l’Afrique du Sud (SADC) : Plan directeur de développement des infrastructures régionales (à mettre en œuvre d’ici 2027), Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) : Réseau d’Infrastructures des TIC à large bande de la CAE, Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) : Stratégie TIC 2018-2023, Union du Maghreb Arabe (UMA) : initiative de réseau de télécommunications à large bande par fibre optique.

Alternatives :

Tandis que la construction de nouvelles infrastructures peut exercer une pression considérable sur les finances publiques, il existe d’autres approches de réduction des coûts. Par exemple, les gouvernements peuvent fournir des sources d’énergie hors réseau (panneaux solaires, générateurs d’électricité) et des FWA pour les établissements publics situés dans des zones non électrifiées (par exemple pour les écoles, les hôpitaux, les bureaux de poste, etc.). De cette manière, les établissements publics peuvent servir de points d’accès au cybermonde même si la zone n’est pas électrifiée et ne dispose pas de connexion Internet.

Dans la section des cas, nous présentons également des pratiques d’envoi de bus équipés de générateurs d’électricité, de connexion Internet et d’appareils des TIC dans des zones éloignées pour fournir un accès temporaire au Net.

Auteures :

Daria Sukhova, chercheuse pour l’E-Governance Knowledge Hub

Olesya Kalashnik, Coordinatrice éditoriale de l’E-Governance Knowledge Hub

Cas 1. Madagascar et Maurice

L’accès à l’électricité et aux infrastructures numériques à Madagascar est l’un des plus faibles d’Afrique subsaharienne et du monde. Selon la Banque mondiale, en 2021, 35,1% de la population avait accès à l’électricité (dont 72,6% dans les zones urbaines et seulement 11% dans les communautés rurales), contre une moyenne de 50,6% pour l’Afrique subsaharienne. Plus de 18 millions de personnes n’ont actuellement pas accès à l’électricité, classant Madagascar le 13ième dans la liste des pays ayant la plus grande population non électrifiée au monde.

Selon les données de l’UIT, la couverture du réseau 3G à Madagascar était estimée à 67,2% en 2022 ; par rapport à la moyenne mondiale de 94,8%. Grâce au Système de câbles sous-marins d’Afrique de l’Est (EASSy), long de 10 000 km, Madagascar dispose de l’une des connexions Internet fixes à haut débit téléchargeables les plus rapides d’Afrique subsaharienne : la vitesse moyenne de connexion à haut débit dans le pays est estimée à 33,02 Mbps en 2024.

Reconnaissant les défis infrastructurels, technologiques et sociaux, afin de fournir un accès aux services publics même dans les zones éloignées, en 2018, le Ministère du Développement numérique, en partenariat avec Orange Madagascar, ont lancé le projet ICT Buses (TIC Bus) : des bus équipés d’ordinateurs, de connexion Internet et de groupes électrogènes ont sillonné les régions éloignées de Madagascar afin d’informer les habitants sur les nouvelles technologies.

Pour assurer l’inclusivité, l’Unité de Gouvernance Digitale de Madagascar (DGU) a utilisé une approche multicanale pour son service Torolalana : outre le site Web, les informations sur les services peuvent être reçues via un centre d’appels et un SMS.

De plus, la DGU, en partenariat avec Paositra Malagassy, la poste nationale, a commencé à piloter des services d’assistance Mahatoky hors ligne basés dans les bureaux de poste. Le projet est soutenu par Public Digital (Royaume-Uni). En février 2024, le service a été piloté dans 4 bureaux de poste, facilitant 400 opérations et détenant 206 comptes citoyens. La DGU prévoit d’étendre le projet et de fournir aux agents de Mahatoky l’équipement nécessaire, les compétences et un modèle réservé de la plateforme Torolalana nécessaires pour leur permettre d’accéder aux services publics numériques au nom des citoyens.

Maurice s’efforce également de déployer des solutions de gouvernance électronique en tenant compte des contraintes infrastructurelles, le National Computer Board exploite des cybercaravanes pour donner aux citoyens des zones éloignées un accès aux TIC. Les bus, chacun équipé de 10 ordinateurs et d’une connexion Internet, sillonnent le pays depuis l’année 2000. Pour utiliser le service, les citoyens doivent en faire la demande auprès de la NCB (Mauritius Digital Promotion Agency). Ces dernières années, la NCB a été mandatée pour mettre à jour le projet qui s’appelle désormais Digital On The Go (DLOG) afin de présenter également les technologies émergentes – IoT, robotique, conception et impression 3D, réalité virtuelle, etc. Les bus devraient fonctionner à l’énergie des panneaux solaires.

Source: UIT

Cas 2. La Tunisie

La Tunisie fournit un exemple illustratif d’un pays qui s’apprête d’exploiter le modèle de partenariat public-privé (PPP) pour améliorer ses infrastructures. Le pays a rencontré de nombreux défis en ce qui concerne la gestion du PPP. En conséquence, pendant la période de 1999 à 2020, seuls cinq grands projets de PPP ont été mis en œuvre, ce qui a nécessité une approche holistique.

Les bases d’un cadre réglementaire solide ont été jetées en novembre 2015 lorsque l’Assemblée nationale a adopté la loi № 2015-49 contrôlant les PPP. L’élan a été poursuivi par les règlements suivants :

  • Décret № 2016-771 du 20 juin 2016 définissant la composition et les pouvoirs du Conseil stratégique pour les partenariats public-privé ;
  • Décret № 2016-772 du 20 juin 2016 fixant les termes et les conditions d’attribution des contrats de partenariat public-privé ;
  • Décret № 2016-1185 du 14 octobre 2016 portant création de l’Instance Générale de Partenariat Public Privé (IGPPP) ;
  • Modification de la loi PPP 2015 par la loi № 2019-47 du 29 mai 2019 sur l’amélioration du climat d’investissement;
  • Le Décret présidentiel № 2022-451 du 6 mai 2022 fixe l’organisation et les pouvoirs de l’IGPPP.

Au fil des années, l’état des infrastructures dans le pays s’est détérioré, tandis que la dette publique est passée de 40,7% du PIB en 2010 à 84,5% en 2021, limitant la capacité du gouvernement à investir dans les infrastructures. Ainsi, en 2022, le Fonds d’appui aux Partenariats Public-Privé a été créé et devrait démarrer ses opérations début 2024. La Banque mondiale fournit une assistance technique pour la conception et la création du Fonds dans le cadre du Fonds fiduciaire Compact with Africa depuis 2020. Le Fonds d’appui aux PPP devrait améliorer l’environnement des PPP dans le pays en assurant un pipeline de projets de PPP (grâce à l’élaboration de critères de priorisation et de sélection des projets), en renforçant la préparation et la planification des projets de PPP ainsi que la supervision des projets de PPP. Le gouvernement a approuvé un don de 15 millions de dinars tunisiens (l’équivalent de 4,8 millions de dollars) au Fonds. Un don international supplémentaire d’un montant de 17 millions de dollars est également attendu.

Le Fonds prévoit déjà de mettre en œuvre au moins 10 projets de PPP, dont certains dans les domaines des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert, de l’assainissement de l’eau et du réseau de tramway de Sfax.